Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

Menina

Je m’appelle Luisa Palmeira, j’ai dix ans. Ma famille, c’est tous des Portugais. Mais moi, je suis Française, je suis pas comme eux, je fais pas de faute quand je parle.
Ma mère, elle est plus belle que Marilyn Monroe, sauf quand elle met ses lunettes. Mon père, il a une moto rouge et il me laisse gagner au bras de fer. L’autre jour, il m’a dit qu’il allait disparaître. Mais moi, je le crois pas !
De Cristina Pinheiro, avec Naomi Biton, Nuno Lopes, Beatriz Batarda…
France – Drame – 1h37 – 2017
Luisa (la jeune Naomi Biton épatante de naturel et de maturité) se revendique française. Elle va à l’école de la République, parle un français impeccable, aide sa mère dans les démarches administratives. Elle est le pivot de la famille face à un père qui, après avoir fui la dictature portugaise, ne pense qu’à revoir son pays et n’a jamais renoncé à sa culture d’origine. Bien que tout les oppose, c’est pourtant à elle que Joao, le père, lègue son histoire et une émouvante relation père/fille où les rôles s’inversent (la fillette veille sur son père qui a tendance à noyer son chagrin dans l’alcool jusqu’à se laisser emporter par la violence et apprend à vivre avec des secrets bien trop lourds pour elle) s’établit, réservant au spectateur de biens jolis instants de poésie rehaussés par ce décor sauvage de Camargue. Entre fleuve et mer, cette terre de bout du monde, entre beauté et isolement, accentue justement les contradictions de cette famille qui peine à trouver sa place dans cet espace de vie ensoleillé et illimité. Le choix de tons pastels piqués au milieu de cette nature flamboyante et disséminés à l’intérieur de cette maison décatie sans être pour autant miséreuse nous conduit sans détours au cœur des tourments de ce couple atypique entre haine et désespoir.
Le regard poétique et hésitant d’une enfant partagée entre ses racines familiales et son identité culturelle.