Ciné 220 - Brétigny-sur-Orge

Numéro Une

Emmanuelle Blachey est une ingénieure brillante et volontaire, qui a gravi les échelons de son entreprise, le géant français de l'énergie, jusqu'au comité exécutif. Un jour, un réseau de femmes d'influence lui propose de l'aider à prendre la tête d'une entreprise du CAC 40. Elle serait la première femme à occuper une telle fonction. Mais dans des sphères encore largement dominées par les hommes, les obstacles d'ordre professionnel et intime se multiplient. La conquête s'annonçait exaltante, mais c'est d'une guerre qu'il s'agit.
De Tonie Marshall, avec Emmanuelle Devos, Suzanne Clément…
France – Comédie dramatique – 1h50 – 2017
Pour son nouveau film, la réalisatrice Tonie Marshall infiltre le cercle très fermé des patrons du Cac 40 et dissèque avec acuité les mécanismes sexistes qui le gouvernent. Changement de registre donc pour la réalisatrice de « Venus Beauté (institut) », « Au plus près du paradis », ou « Tu veux ou tu veux pas » qui interroge ici avec intelligence et sensibilité la place des femmes dans la politique, les affaires et les grandes entreprises et les difficultés qu’elles peuvent encore y rencontrer pour accéder à des postes importants. Cherchant à retranscrire au plus près la réalité, ce film très documenté (de nombreuses rencontres et témoignages ont nourri le parcours de l’héroïne) qu’elle a co-écrit, offre une analyse sans concession des coulisses du pouvoir.
Son récit qui en dépeint les manigances, petits arrangements, rapports d’influence et de pouvoir, s’attache à travers le portrait d’une femme, à rappeler le sexisme ambiant qui régit encore notre société et certaines hautes sphères. Pour autant, le film évite l’écueil du pamphlet ou du postulat victimaire et se veut avant tout positif, sans jamais se teinter de cynisme.
La comédienne Emmanuelle Devos (qui retrouve la cinéaste après « Tontaine et Tonton ») se glisse à merveille dans le tailleur de cette prétendante au pouvoir, dont la quête va aussi l’entrainer vers un cheminement plus intime. Ainsi le parcours personnel de son personnage (très belle évocation des liens puissants fille/père - formidable Samy Frey – et subtile description des rapports de couple ou de maternité) et son ascension professionnelle sont intiment liés, tout comme son cheminement et sa prise de conscience de la cause féministe
Tonie Marshall brosse aussi un portrait féminin de groupe (Suzanne Clément, Francine Bergé) et évoque en creux l’importance de la transmission qui s’opère entre ces femmes.
En choisissant pour décors le milieu des affaires (rarement représenté dans le cinéma français), la cinéaste trouve un cadre temporel symbolique et un décors très cinématographique (les immenses tours imposantes de la Défense, illustrant à merveille le pouvoir, mais aussi une terrible solitude, les parcs maritimes d’éoliennes…) qui servent formidablement son propos.
Un film aux accents féministes et un beau portrait de femme et de mère.